La
lettre
du Secrétaire Général
Et l’Amour ? |
Il m’a
été amicalement rappelé qu’échoit de mes nouvelles fonctions
l’impérieuse obligation de me lancer dans cet exercice singulier de
« LA LETTRE ».
Je la commencerai en vous remerciant de la confiance que vous m’avez
témoignée en me nommant à ces fonctions.
J’observe, concordance des temps et sûrement du hasard le plus pur,
que c’est à l’issue des trois années de travail commun avec l’AIHUS
pour les Assises sur LE COUPLE que va se sceller notre «mariage» au
sein de la fédération.
Mariage d’intérêt pour les uns, mariage arrangé pour les autres et
pourquoi pas l’utopie d’un mariage d’amour ?
Certes l’évolution des temps est telle qu’il n’échappe à aucun
d’entre nous que nos sociétés prises isolément face au monde, sont
vouées à s’éteindre. Alors que paradoxalement dans ce monde
l’importance de la sexualité est de plus en plus considérée…
(Mais sur le mode sécuritaire - cf le concept de santé sexuelle).
Alors d’Intérêt bien sûr.
Certes également de nombreux palabres, discussions et réflexions ont
été un préalable obligatoire à cette délicate union. Alors Arrangé
certainement.
Et l’Amour dans tout cela ?
Pour Lacan, dans l’amour, le sujet tente d’aborder « l’Être de
l’Autre ». C’est à cet endroit que le sujet va au-delà de lui-même,
au-delà du narcissisme. C’est ce qui fait que l’amour est une
tentative de construction de vérité, une vérité sur ce point
particulier : qu’est-ce que le monde quand on l’expérimente non pas
de l’Un mais du Deux, quand on l’examine, qu’on le pratique non pas
à partir de l’Identité mais de la Différence (la stéréoscopie est ce
qui crée le relief !).
Alors oui à concevoir le couple dans ce sens, le couple traite avant
tout de la disjonction, de la séparation, de la différence induite
par la subjectivité de chacun. La rencontre entre deux différences
est forcément une aventure qui ne peut se constituer sans risques
(quoique tente de nous en prétendre le discours sécuritaire dans
lequel nous baignons) et sauf être aux prises de l’hallucination de
l’énamoration, le couple ne peut être conçu sans angoisses légitimes
(et là-dessus les névroses et perversions auxquelles le quotidien de
nos consultations nous confronte ne peut que nous édifier quand à
l’infini de l’imagination humaine).
Nos angoisses, témoignage de la conscience des deux parties de leurs
intimes différences, seraient alors à considérer comme le possible
début d’un amour ainsi défini, garantie s’il en était besoin du
désir de chacun de rester Sujet dans cette relation.
L’Intérêt et l’Arrangement ne seraient alors que des préliminaires
en attendant la consommation de cette union dans un désir à chacun
singulier mais réunis dans un espoir de plaisir et de jouissance
partagée… Et peut-être fécond…
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Dr Laurent CARLOTTI, Rennes.
Secrétaire Général de la Société Française de Sexologie Clinique
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