La page de la 
Secrétaire Générale

 

Sexologie... Mon amour



Vous voudrez bien me pardonner un peu d’emphase affective pour cette dernière "page de la secrétaire", mais la période s’y prête particulièrement.
Je me retourne sur ces dix ans de secrétariat général et ce que j’y vois en premier c’est l’étonnement, pour ne pas dire la stupéfaction !, que j’ai éprouvé devant cette proposition de Marc Ganem au printemps 1995.
L’idée de travailler dans le bureau de cette société à laquelle j’appartenais depuis vingt ans ne m’était jamais venue à l’esprit et il m’a fallu prendre une grande inspiration avant de dire oui.

Je ne l’ai jamais regretté, pourtant nous avons traversé des moments très éprouvants, des moments de doute ou d’agacement ; je me souviens en particulier de ces minutes dramatiques où la question de confiance posée à un de nos aînés n’a reçu que mépris en réponse, et ce malgré le grand respect dont ont fait preuve, dans leur questionnement, nos deux psychiatres psychanalystes Michel Faruch et Gilles Formet. Pendant des années, notre intime conviction a été malmenée et notre parole pas libre, jusqu’à ce que justice se fasse ce fut très difficile, mais j’ai beaucoup appris ; une page a été tournée et nous avons pu continuer à faire vivre la SFSC grâce à la solidarité qui s’est installée au sein d’un conseil d’administration renouvelé.

Si nous avons pu, chaque année, compter sur la fidélité de nos adhérents et augmenter leur nombre, nous le devons à l’incroyable énergie et au travail phénoménal que Marc a déployés pour que les congrès annuels, et spécialement le congrès mondial de 2001, soient de très grande qualité. Il a su, grâce à un extraordinaire sens politique et à son charisme, aider la santé sexuelle à faire sens et à trouver sa place. J’ai vécu dix heureuses années d’un tandem loyal et confiant et je me réjouis d’œuvrer deux années encore avec lui, comme vice-présidente, avec Jacques Chaumeron et Patrick Bouilly au poste de trésorier. Nous avions pris les rênes d’une Société qui avait connu des heures de notoriété grâce à son enseignement, mais, après nous être fortement engagés dans la reconnaissance du titre de sexologue par le conseil national de l’ordre des médecins, nous avons cessé cette importante activité et avons mis nos espoirs dans la formation continue. Nous sommes loin du résultat escompté et ceci me semble à l’origine du grand questionnement qui agite le monde de la sexologie en cette fin 2005.

Ces dix ans ont été épatants pour notre discipline, il y a eu beaucoup de recherche fondamentale, la mise sur le marché de médicaments efficaces et une réelle multidisciplinarité autour de la santé sexuelle.

Mais : 
COMMENT LA SEXOLOGIE VA T-ELLE ÉVOLUER ?

Notre génération a été nourrie de « la globalité somato-psychique »
du patient pris en charge en sexologie, nous ne pouvons ignorer que les aspects biologiques, affectifs et relationnels de la sexualité humaine sont un tout indissociable et nous semblent toujours suspects ceux qui exercent plus comme des « érectologues » que des sexologues. Toutefois nous ne pouvons plus éviter de confronter notre discipline à la rigueur de l’évaluation, d’une manière ou d’une autre, notre crédibilité en dépend. 

La fréquentation assidue de grands congrès internationaux montre à la fois le danger qu’il y aurait à ne faire que des diagrammes épidémiologiques ou à n‘interroger les patients que bardés de questionnaires multiples et variés, mais aussi l’inutilité de travailler sans faire connaître les résultats de notre pratique, dans sa spécificité.

Voilà pourquoi je plaide encore une fois pour l’importance de notre formation continue car pratiquer comme il y a vingt ou trente ans est injustifiable. Nous serons écoutés, certes, si nous prouvons que notre travail est utile et sérieux, qu’il y a nécessité de faire autre chose que des prescriptions, que l’écoute est fondamentale. Mais nous avons aussi besoin de savoir bien prescrire, d’évaluer avec clarté (notre action et nos résultats), de faire des recherches et de les publier ; sinon on le fera à notre place… 
Il y a beaucoup de discussions autour de la médecine sexuelle et de la sexologie clinique, c’est justifié et c’est le moment. Il faut réfléchir et agir, ensemble, nous tous, les sexologues cliniciens. 

À la SFSC, nous avons cherché à être fédératif autour du concept de santé sexuelle, nous espérons toujours qu’un large consensus avalisera cette nécessité, mais ça ne se fera pas à n’importe quel prix, il faut ne regarder que l’avenir, être vigilant... et créatif. Ce que saura être sans nul doute Arnaud Sevène à qui je passe la plume pour la future " page du secrétaire" et que mes vœux chaleureux et affectueux accompagnent pour la suite.

 

Nicole Arnaud-Beauchamps

sfscsexo£cegetel.net

   

 

 

La page de la secrétaire 

Sexologos N°23

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