Septembre    2012

 

Sexologos   #  03

 
ÉDITORIAL

Maturité

 

Quand dans les années 70 quelques pionniers osèrent en France parler de sexologie, ce furent pour la plupart des psychiatres. Rien d’étonnant à cela puisqu’au XIXième siècle, les précurseurs qui se sont intéressés à la sexualité étaient psychiatres et l’ont fait essentiellement à partir des déviances sexuelles, faut-il rappeler que pour le plus célèbre d’entre eux, Krafft- Ebing, l’hétérosexualité elle-même, hors sa fonction procréative, était une perversion.

Peu après le génie de Freud a été d’affirmer le caractère ontologique de la sexualité dans la psyché. Il y a quarante ans l’enseignement de la Faculté continuait à ignorer superbement la fonctionnalité génitale, sa plus grande avancée en ce domaine étant de rebaptiser les vaisseaux sanguins et les nerfs dits honteux dans les anciens traités d’anatomie en vaisseaux et nerfs pudendaux dont l’étymologie nous renvoie toujours à la honte.

La découverte fortuite en 1996 par les laboratoires Pfizer de l’action du Sildénafil sur l’érection a été une révolution, certes les injections intra-caverneuses de Prostaglandine avaient ouvert la voie, mais nous disposions pour la première fois d’un médicament sexo-actif per os remarquablement efficace. Cela suscita l’enthousiasme des médecins et en particulier des urologues qui pour la plupart s’intéressaient peu à la sexologie jusque-là.

La Médecine Sexuelle était née et c’est un progrès certain.

Quinze ans sont passés, l’heure des génériques est arrivée, l’intérêt de l’industrie pharmaceutique se détourne de la recherche de médicaments destinés à améliorer la fonctionnalité génitale. Retour du balancier, les thérapies de l’âme : T.C.C., hypnose, approches psycho dynamiques et intégratives et une nouvelle venue : l’EMDR, retrouvent leur place comme
au beau temps des formations très éclectiques que prodiguait naguère la SFSC aux futurs sexologues.

Mais un progrès irréversible a été accompli avec la notion de santé sexuelle. Le tout psychologique a souvent été dans le passé l’expression de notre ignorance et n’est-ce pas encore le cas de la sexualité féminine ? Le Dr Nicole Arnaud-Beauchamps a judicieusement rappelé dans le dernier numéro de Sexologos, avec la pétition de l’ISSWSH, la carence de la recherche en ce domaine.

En conclusion de ces cinquièmes Assises, nous pouvons espérer, me semble-t-il, que la sexologie ait atteint après quarante ans l’âge de la maturité, maturité dans la complémentarité pour nos deux Sociétés dans le respect de nos différences, maturité d’une approche heuristique permettant de développer une recherche médicale encore insuffisante sans oublier pour autant le rôle de la fonction symbolique du sexuel dans la psyché humaine.

 

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Claude  Esturgié

Vice-Président de la Société Française de Sexologie Clinique
Président de l’Académie des Sciences Sexologiques


 
 
 

 

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